L'espace
Au sud de la commune de Hammam-Sousse, dans l'épaisseur dense et multifonctionnelle d'une péri-urbanité typiquement tunisienne, Atelier Façila occupe le rez-de-chaussée et le rez-de-jardin de la résidence Les Peupliers. Construite entre 1998 et 2000, reconvertie depuis : d'anciens dépôts, un atelier de tapisserie de meubles. Des espaces initialement très ouverts sur le quartier résidentiel que rien ne prédestinait au calme et à la méditation nécessaires pour un studio d'architecture…
L'intervention pour la reconversion fut minimale, volontairement. Les traces des anciennes cloisons sont conservées au sol — non par nostalgie, mais comme stratigraphie : pour que le lieu parle de ce qu'il a été avant de devenir ce qu'il est. Un enclos a été posé sur les limites de la parcelle en référence à l'occupation des lieux par le voisinage. Les ouvertures sont héritées des proportions d'origine. Elles ne donnent pas sur le dehors : elles capturent la lumière, la travaillent, la distribuent. L'espace tout entier est pensé dans un esprit de repli, d'intériorité — un retrait du bruit du monde qui rend possible la concentration. Un atelier austère. Pas froid. Juste honnête.
La méthode
Il n'y a pas de recette. Il y a une discipline et l'expérimentation d'intuitions.
Chaque projet commence par une lecture du lieu — lente, rigoureuse, parfois inconfortable. Avant le programme, avant le plan, avant toute image : comprendre ce que le site porte en lui, ce qu'il autorise, ce qu'il interdit, ce qu'il demande.
Vient ensuite le questionnement de la commande. Nous ne l'exécutons pas — nous l'interrogeons. Souvent, elle évolue au fil des premières discussions. Ce que le maître d'ouvrage formule n'est pas toujours ce dont il a besoin. Et un bon projet commence précisément là : dans cet écart entre la demande et le besoin réel, entre ce qui est dit et ce qui reste à révéler.
Plusieurs options sont proposées, débattues, confrontées. Parce que nous croyons qu'un bon projet est l'enfant de son site — une relation de filiation, pas de superposition. Et parce que nous croyons aussi qu'un bon projet est toujours le fruit d'une collaboration vraie entre maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'œuvre : deux regards, une même exigence.
L'équipe
Atelier Façila a compté jusqu'à dix-sept collaborateurs dans les années 2010. La révolution du 14 janvier 2011 a changé cela — comme elle a changé beaucoup de choses. Les commandes se sont raréfiées. L'atelier s'est recentré, réorienté vers des projets plus ciblés, des clients mieux choisis, une architecture plus délibérément positionnée.
Aujourd'hui, l'atelier n'est plus un lieu de passage. Adel Hidar et ses collaborateurs y forment une famille soudée — une famille qui partage des valeurs fondamentales sur la conception architecturale et la genèse d'une œuvre : une façon d'être face à un projet, une maturité rare, celle qui ne s'enseigne pas mais qui se gagne projet après projet, chantier après chantier, dans l'épaisseur du temps partagé. Cette reconnaissance-là, quand elle est mutuelle, crée quelque chose de rare : une équipe qui ne travaille pas pour l'atelier, mais avec lui.
L'équipe porte aujourd'hui plus de quinze ans de pratique commune. Elle maîtrise chaque étape — des analyses préliminaires aux esquisses, de la coordination des études au suivi de chantier. Ce n'est pas une équipe qu'on manage : c'est une équipe avec qui on construit, dans tous les sens du terme.
Les distinctions
Ces reconnaissances, nous ne les portons pas comme des trophées. Nous les portons comme des hommages — à l'abnégation d'une équipe, à la confiance de clients qui ont parié sur une vision, à l'obstination tranquille de ceux qui ont refusé de baisser les bras quand il aurait été plus simple de céder.
Entre 2019 et 2025, Atelier Façila a été nominé à six reprises pour l'Aga Khan Award for Architecture — la distinction la plus exigeante du monde arabo-islamique, celle qui ne récompense pas seulement la forme bâtie mais l'impact d'un projet sur son territoire et ses usagers. En 2019, le Premier Prix aux Journées Architecturales de Carthage est venu confirmer, sur la scène nationale, une reconnaissance qui se construisait depuis longtemps dans le silence du travail. En 2022, la nomination pour l'EU Mies van der Rohe Award — le Prix européen pour l'Architecture Contemporaine — a ouvert un dialogue inattendu avec la scène architecturale internationale, plaçant une pratique tunisienne ancrée dans son territoire au cœur d'une conversation qui dépasse largement ses frontières. La même année, le Arab Architects Award est venu compléter ce tableau — non comme une collection de lauriers, mais comme autant de signaux que l'architecture, quand elle est honnête avec son lieu et avec elle-même, finit par être entendue.